Loin du large,
ceux qui traînent sur les sables
la poussière de leurs rêves broyés
comme une farine à faire des gâteaux,
pour les églises et les mosquées qui guettent
le retour de Dieu, en lui dédiant encre, cierges et prières,
comme une amante délaissée par son seigneur,
qui a emporté avec lui les clés de son désir
rouillé par le souvenir de l'humidité et des vagues,
les habitants des rivages vont pieds nus sur la vie,
sourds et muets devant la rumeur de la mer,
et dorment, et le long de cette existence pleine de secrets,
de baleines et de houris qui rapportent des nouvelles
de marins épris des flots, ivres de la danse de leurs bateaux,
ils se bercent entre les bras de l'eau.
Loin du large, ils n'éprouvent plus rien,
nulle parole ne peut effleurer leurs cœurs momifiés,
il ne ressentent plus le chaleur de l'aimée
qui les étreint avec tendresse et jette des perles en leur présence
Que les vagues puissent enfin partir là où elles peuvent reposer.
Lejos de altamar,
los que arrastran sobre las arenas
el polvo de sus sueños machacados
como una harina para pasteles,
para las iglesias y las mezquitas que acechan
la vuelta de Dios, al dedicarle tinta, cirios y rezos,
como una amante olvidada por su señor ,
que se lleva consigo las llaves de su deseo
oxidado por el recuerdo de la humedad y las olas,
los habitantes de las orillas van descalzos por la vida,
sordos y mudos ante el rumor del mar,
y duermen, y a lo largo de esta existencia llena de secretos,
ballenas y huracanes que traen noticias
de marineros enamorados de las olas, ebrios del baile de sus barcos
se mecen entre los brazos del agua.
Lejos de altamar, ya no sienten nada,
ninguna palabra puede rozar sus corazones momificados,
ya no experimentan el calor de la amada
que los abraza con ternura y echa perlas en su presencia
Que las olas por fin puedan ir adonde pueden descansar .

La plainte des colombes ne parvient pas aux grottes
Mais s'évanouit dans le mutisme de l'espace.
Il n'est point de couleur pour la souffrance
Point de couleur pour l'espérance
Le ciel absorbe les prières comme un utérus
Comme un téléphone public dans un quartier bruyant
La voix gémit
Se balance sur une corde fragile
Ne l'entendent ni les saints ni les anges ni les chiens
Assoupis au seuil des étables
Qui protègent les loups de la chair des agneaux
Midi flambe
Et l'aurore fait mal comme une paroi rugueuse, comme
Le berger des cimes perdues dans l'altitude
Nul espoir
Que les nuages légers deviennent le cours du vent
El rumor de las almas no llega al oído del guardia del fuego
Rompe en el cristal que nos separa, encarcelándonos en lo invisible
La queja de las palomas no llega hasta las grutas
Sino se esfuma en el mutismo del espacio.
No hay color para el sufrimiento
No hay color para la esperanza
El cielo absorbe los rezos como un útero
como un teléfono público en un barrio ruidoso
La voz gime
se balancea sobre una frágil cuerda
no lo oyen ni los santos ni los ángeles ni los perros
Adormecidos en el umbral de los establos
Que protegen a los lobos de la carne de los corderos
El mediodía arde
y la aurora duele como una pared áspera, como
el pastor de las cumbres perdidas en la altitud
Ninguna esperanza
que las nubes ligeras se conviertan en el curso del viento

Parturition pour des victoires et de nouvelles défaites
L'aube qui naît d'une nuit endormie
Qui naît d'un instant d'éveil
Quand nous nous souvenons que nos corps ont des âmes et des noms
Et que nos âmes ont des corps et des titres.
Continues tentations de la vie
Pour que les humains poussent dans des jardins et des avenues
Et le troupeau de moutons pave la route qui monte au ciel
Avec des mots ajointés comme des pierres jusqu'au sommet des monts, cheval de race qui affronte la tempête
Avec des sabots polis et qui coure derrière les bandes d'oiseaux et de soupirs
Pour s'emparer de l'ombre des nuages
Instant où il est vain de courir derrière le halètement d'un train rapide
Instant où la prière s'abîme
Instant où naît l'espérance
Un homme et une femme laissés dans l'étonnement marchandent l'amour
Et posent des questions boiteuses comme celui qui a perdu son âme
Ils s emparent de la vérité
Mais ne la libèrent pas
Elle est la blessée de qui le parfum demeure à jamais inachevé
Parto para victorias y nuevas derrotas
El alba que nace de una noche adormecida
Que nace de un momento de despertar
cuando nos acordamos que nuestros cuerpos tienen almas y nombres
y que nuestros almas tienen cuerpos y títulos.
Continuas tentaciones de la vida
para que los humanos crezcan en jardines y avenidas
y la manada de ovejas pavimente el camino que sube al cielo
con palabras juntadas como piedras hasta la cumbre de los montes, de caballo de raza que se enfrenta con la tormenta
con zuecos pulidos y corre detrás de las bandas de pájaros y suspiros
para apoderarse de la sombra de las nubes
Momento en que es inútil correr detrás del jadeo de un tren veloz
Momento en que el rezo se abisma
Momento en que nace la esperanza
Un hombre y una mujer dejados en el asombro regatean el amor
Y hacen preguntas cojas como el que perdió su alma
ellos se apoderan de la verdad
pero no la liberan
ella es la herida cuyo perfume queda para siempre inacabado